Committed to water for the world Engagés pour l’eau du monde

Journée Mondiale de la Terre, la Planète bleue

Mise à jour 22.04.20

Les Nations unies nous invitent à célébrer la Terre nourricière tous les ans le 22 avril (« Mother Earth » en anglais). Pour ce 50ème anniversaire, la page officielle de l’évènement ne mâche pas ses mots : « la Terre nous envoie un message clair » titre l’article, citant pour cela les faits marquants de  l’année 2019 : les feux qui ont ravagés l’Australie, les nouvelles températures record et la pire invasion de criquets de l’histoire au Kenya.

A ces phénomènes s’ajoute la crise sanitaire mondiale que nous traversons dont l’origine est une zoonose, soit une infection dont les agents se transmettent des animaux vertébrés à l’être humain. Dans son avant-dernier Rapport FRONTIERES sur les questions environnementales émergentes, le Programme des Nations unies pour l’environnement alertait sur l’émergence de ces maladies. En effet, 75% des nouvelles maladies infectieuses qui émergent tous les 4 mois chez l’homme proviendraient des animaux.

Ces tendances alarmantes questionnent sévèrement la durabilité et la résilience de nos sociétés. L’eau douce est vitale, stratégique, utilisée chaque année davantage par les activités humaines en dépit des difficultés créées par les changements climatiques. Elle joue un rôle essentiel pour lutter contre la propagation du COVID-19 grâce au lavage des mains (un des gestes-barrière). Or, rappelons-le, 2,2 milliards d’individus dans le monde n’ont pas accès à l’eau potable au sens des Objectifs de développement durable. Ceux qui sont astreints aux corvées d’eau n’en ont pas en quantité suffisante pour se prémunir efficacement.

Aussi, en cette Journée mondiale de la Terre, notre planète bleue, le Partenariat Français pour l’Eau (PFE) et ses membres souhaitent-t-ils réitérer les recommandations stratégiques développées au sein de leurs groupes de travail thématiques sur (1) l’eau et les Objectifs de développement durable, (2) la biodiversité aquatique et les Solutions fondées sur la Nature, et (3) l’eau et le dérèglement climatique :

L’EAU ET LES OBJECTIFS DE DEVELOPPEMENT DURABLE (AGENDA 2030)

/!\ 40% de la population mondiale sera confrontée à des pénuries d’eau d’ici 2050 (OCDE 2012)

/!\ 80% des flux d’eaux usées sont rejetées dans le milieu naturel sans aucune dépollution (ONU-Eau)

Le PFE recommande de :

  • Reconnaitre le rôle incontournable et transversal de l’eau: aucun objectif de développement durable (ODD) ne pourra être atteint si les enjeux de l’eau ne sont résolus.
  • Agir pour l’accès universel de toutes les populations à de l’eau véritablement potable et à l’assainissement, conformément à la Feuille de Route française sur la mise en œuvre des ODD.
  • Accroître les efforts de dépollution des rejets d’eaux usées dont 80% contaminent aujourd’hui les cours d’eau et les océans.
  • Renforcer les mécanismes de suivi des progrès réalisés par les Etats en matière de mise en œuvre des ODD pour l’eau et l’assainissement, dans le cadre de mécanismes de redevabilité efficaces et inclusifs, aussi bien nationaux qu’internationaux.
  • Favoriser les approches multisectorielles qui intègrent les enjeux liés à l’eau, la santé et la nutrition, l’énergie, la sécurité alimentaire et la gestion des déchets de la source jusqu’à la mer.
  • Faire émerger une instance intergouvernementale intégrée au système des Nations unies et dédiée à l’ensemble des problématiques de l’eau.
  • 60% de toute l’eau douce coule dans des bassins transfrontaliers. Faciliter la mise en place de structures de coopération entre les Etats.
  • Miser sur la complémentarité des formes de financement envisageables (eau, climat, biodiversité…) et permettre aux porteurs de projet un accès facilité aux financements.
  • Répondre aux urgences et construire la résilience via le renforcement des actions de prévention et de prévision des crises liées à l’eau, la fourniture d’une réponse immédiate, coordonnée entre les différents acteurs et financée et une approche basée sur la résilience.

LA BIODIVERSITE AQUATIQUE ET LES SOLUTIONS FONDEES SUR LA NATURE

/!\ Les milieux d’eau douce recouvrent seulement 1% de la surface de la Terre, mais abritent plus de 10% des espèces et environ ⅓ des espèces vertébrées.” (WWF, Rapport Planète Vivante, 2018)

/!\ Globalement, les investissements directs dans les Solutions fondées sur la Nature représentent moins d’1% de l’investissement total dans l’infrastructure et la gestion des ressources en eau (WWDR, 2018), or les Solutions fondées sur la Nature pourraient permettre d’atteindre jusqu’à 37% des réductions d’émissions de CO2 fixées par l’Accord de Paris à l’horizon 2030 (PNAS, 2017)

L’érosion de la biodiversité des eaux douces est largement sous-estimée. Le PFE recommande de :

  • Préserver la biodiversité des eaux douces au même titre que les eaux littorales et marines, en portant une attention particulière au lien terre-mer.
  • Promouvoir les Solutions fondées sur la Nature dans le domaine de l’eau.
  • Dans la mise en œuvre de Solutions fondées sur la Nature, mieux prendre en compte les connaissances et pratiques locales liées aux usages de l’eau et aux ressources naturelles ainsi que les perceptions locales et sociales des solutions, qui sont «déterminées par le contexte naturel et culturel d’un site particulier » (UICN, 2016).
  • Renforcer la mise en place d’actions de prévention, de gestion et d’éradication des espèces exotiques envahissantes.
  • Valoriser tous les services rendus par les écosystèmes aquatiques, et pas uniquement l’approvisionnement en eau.
  • Assurer une cohérence essentielle entre le cadre de travail post-2020 pour la biodiversité qui sera lancé à la COP15 à Kunming (2021) et l’Agenda 2030 et ses 17 ODD.

L’EAU ET LE CLIMAT

/!\ Les six derniers mois ont enregistré un nouveau record de températures anormalement élevées et  toutes les études  indiquent que ces phénomènes de réchauffement vont se poursuivre ces prochaines années malgré la réduction provisoire des rejets de GES imputables à l’arrêt provisoire de multiples activités conséquence de la crise du coronavirus. Les plus grands risques du réchauffement climatique décrits par le GIEC concernent en premier lieu l’eau (sécheresse, inondations, montée du niveau marin, cyclones, tempêtes, etc.), une ressource essentielle déjà soumise à de fortes pressions anthropiques, mettant en danger les populations, notamment les plus vulnérables, les écosystèmes et les activités humaines.

/!\ Limiter le réchauffement global à 1,5°C plutôt qu’à 2°C pourrait réduire la proportion de la population mondiale exposée au stress hydrique de 50% (GIEC, 2018). Or les tendances actuelles  d’évolution de rejets de GES nous conduisent vers des prévisions de hausses sensiblement plus fortes.

/!\ La rareté de l’eau, exacerbée par le changement climatique, pourrait coûter jusqu’à 6% du PIB de certaines régions (Banque Mondiale, 2016).

/!\ Environ 143 millions de personnes, essentiellement d’Afrique subsaharienne, Asie du Sud, Amérique Latine, pourraient être forcées de se déplacer à l’intérieur de leur propre pays pour échapper aux impacts du changement climatique (Banque Mondiale, 2018).

Le PFE recommande de :

  • Reconnaître l’eau comme vecteur de solutions d’adaptation au changement climatique.
  • Renforcer le rôle des services publics d’eau potable et d’assainissement dans l’atténuation du changement climatique en mettant en place des démarches d’économie circulaire en lien avec les autres services essentiels (énergie, gestion des déchets…).
  • Décliner les engagements pris par les Etats dans le cadre de l’Accord de Paris en les intégrant aux autres politiques sectorielles (énergie, biodiversité, alimentation, santé…).
  • Renforcer les connaissances en développant les dispositifs d’information et les nouveaux outils d’acquisitions de données (satellitaires par exemple) et en reconnaissant la valeur des savoir-faire locaux et traditionnels.
  • Prioriser l’eau dans les financements dédiés à l’adaptation en ciblant les zones les plus vulnérables.

CONCLUSION

La dure crise épidémiologique que nous vivons va plonger nos sociétés dans des crises sociales, économiques et environnementales profondes. Il est évident que la gestion de l’eau sera au cœur de toutes les politiques de relance qu’on peut imaginer et souhaiter engager.